COURTISÉ PAR LA MP, FÉLIX TSHISEKEDI VA-T-IL TRAHIR ?

Entre rester fidèle à la ligne tracée par son défunt père pour l’avènement d’un Etat de droit en RDC et tendre la main au président Kabila dans le cadre d’une nouvelle transition, la pression est très grande sur Félix Tshisekedi. Joseph Kabila mise sur le nouveau président de l’UDPS pour s’offrir une béquille et passer outre le cap de décembre 2018. La tentation est trop forte, mais Félix Tshisekedi va-t-il trahir toutes ces années de combat et cracher sur la mémoire de tous ces martyrs de la démocratie ? Wait and see.
On le disait tout le temps à travers nos colonnes que le président Joseph Kabila et toute sa majorité avaient encore plusieurs fers au feu pour retarder le plus possible la tenue d’élections. Dans un premier temps, le chef de l’Etat a réussi à passer le cap du 19 décembre 2016, date prévue pour la fin de son mandat qui courait depuis le 19 décembre 2011.
Avec le dialogue de la cité de l’Union africaine, sanctionné le 18 octobre 2016 par un accord parrainé par l’Union africaine, suivi de pourparlers du Centre interdiocésain, conclus par l’accord politique du 31 décembre 2016, le président Kabila est parvenu à consolider son fauteuil. Certes, il y est arrivé, en se servant de la naïveté de l’opposition. Ce n’est pas pour autant que celle-ci avait jeté l’éponge.
La nomination de Bruno Tshibala à la primature, tout comme la cooptation de Joseph Olenghankoy à la présidence du CNSA (Conseil national de suivi et d’évaluation de l’Accord du 31 dé- cembre 2016), n’ont pas non plus atténué la crise politique.
Sous l’impulsion de son autorité morale, la Majorité présidentielle est en train d’activer une autre piste. Et comme toujours, elle lorgne vers l’UDPS de Félix Tshisekedi.
BIS REPETITA

Malgré la publication du calendrier électoral, le président Kabila n’est pas prêt à céder son poste. Même s’il dit s’inscrire dans la dynamique des élections, dans son entourage, on s’active plutôt à relancer la machine du dialogue pour lui donner la chance de passer, comme en 2016, l’échéance de décembre 2018.
En réalité, la MP n’est pas véritablement inscrite dans la logique des élections. Tant que son autorité morale n’est pas assurée de concourir à la prochaine présidentielle, elle explore toutes les pistes pour trouver une issue à un troisième mandat.
Si la Céni y croit – sans vraiment le prouver – les élections de décembre 2018 demeurent incertaines. D’ores et déjà, la machine à voter, système électoral que prône la Céni aux prochains scrutins, ne fait pas l’unanimité. A terme, la Céni pourrait bien se servir de cet alibi pour légitimer un éventuel report des élections au-delà de décembre 2018. Tous les indices tendent à corroborer cette thèse. A l’affût, la MP est bien au courant de ce qui se trame à la Céni. Pour autant que le temps joue en sa faveur.
Mais, la famille politique du chef de l’Etat sait pertinemment bien qu’elle ne peut pas négocier l’après-décembre 2018 sans avoir à ses côtés les poids lourds de l’Opposition. Et comme toujours, c’est vers l’UDPS de Félix Tshisekedi que penchent tous les calculs politiques de la MP. Avoir Tshisekedi, c’est autrement, se dit-on dans les rangs de la MP, s’assurer d’une belle transition après le 23 décembre 2018.
Pour l’instant, Félix Tshisekedi reste donc la grande inconnue. Va-t-il succomber sous le charme de la MP ? Se détournera-t-il des engagements qui le lient au Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement ? Autant de questions qui taraudent les esprits.
TRAHIR OU RESTER FERME ?

Dans son nouveau costume de président de l’UDPS, Félix Tshisekedi a acquis une nouvelle stature. Le départ de la bande à Bruno Tshibala n’a donc pas ébranlé les fondations du parti. Malgré les vagues qui se sont abattues sur ses rivages, l’UDPS a tenu jusqu’au bout. Au terme de son dernier congrès, précédé quelques jours auparavant de la décision du CNSA de ne reconnaître que la branche de l’UDPS incarnée par Jean-Marc Kabund, l’UDPS a retrouvé ses marques.
Par ailleurs, le CNSA avait créé la surprise, en déboutant Bruno Tshibala au profit de Félix Tshisekedi. Une décision politique que la MP pense rationaliser dans les prochains jours. En redonnant l’UDPS à la bande à Jean-Marc Kabund, avant que celui-ci ne s’efface au profit de Félix Tshisekedi, la MP a fait preuve de bonne foi. C’est une main tendue à Félix Tshisekedi. Ce n’est donc pas un fait isolé. Cela procède d’un calcul bien réfléchi de la MP.
Par cet acte qui condamne Tshibala, la MP a démontré que le Premier ministre était désormais un produit politique périmé. Il travaille à son changement. Quoi de plus normal que la majorité au pouvoir se tourne une fois de plus vers l’UDPS pour trouver le parfait sésame.
A tout prendre, la famille politique du chef de l’Etat cherche à gérer l’après-décembre 2018, en incluant l’UDPS de Félix Tshisekedi dans le deal. Dans les grands cercles politiques, une mouture du prochain gouvernement Félix Tshisekedi circule déjà comprenant des représentants de grands partis de l’Opposition, entre autres l’UDPS, l’UNC de Vital Kamerhe et le MLC de Jean-Pierre Bemba.
FELIX TSHISEKEDI DEVANT UN CHOIX POUR L’HISTOIRE

Bien évidemment, tous les phares de l’actualité sont maintenant braqués sur Félix Tshisekedi. Va-t-il s’allier à Kabila ? C’est tout le problème.
En effet, l’UDPS, c’est non seulement une identité de combat pour la démocratie, mais c’est aussi toute une histoire, portée par des gens qui ont juré de se battre pour l’émergence d’un Etat de droit en République démocratique du Congo.
Autrement dit, l’histoire de l’UDPS ne se réduit pas à Félix Tshisekedi. C’est un parcours de dur labeur où des gens venus de tous bords se sont sacrifiés pour porter haut le combat d’Etienne Tshisekedi.
Courtisé par le pouvoir, c’est malheureusement ce combat et tous ces sacrifices humains que Félix Tshisekedi risque d’ignorer pour des avantages liés à une fonction politique éphémère ; celui de Premier ministre.
Du vivant de son père, feu Etienne Tshisekedi s’est surpassé en mettant en avant le seul intérêt du pays, tout en demeurant attaché à son idéal, c’est-à-dire l’émergence d’un Etat de droit.
Aujourd’hui, le combat est certes le même, mais Félix Tshisekedi a un autre idéal qui se résume en l’alternance démocratique. Le peuple congolais, dans son ensemble, lui fait confiance, convaincu qu’il est en mesure de rallumer la flamme du sphinx de Limete.
S’allier aujourd’hui à la majorité au pouvoir, c’est autrement trahir cet idéal pour lequel tant de Congolais ont payé de leur vie depuis 1982, année de création de l’UDPS. Félix Tshisekedi va-t-il franchir le Rubicon ? En tout cas, le peuple congolais veut le voir rester dans la lignée de son père.
Félix Tshisekedi ne va pas non plus offrir une autre béquille à Kabila pour passer le cap de décembre 2018. Sinon, c’est le combat pour l’alternance démocratique qui serait vidé de tout son sens.

Pour le peuple congolais et l’ensemble de la communauté internationale, décembre 2018 est la seule et unique échéance accordée au président Kabila pour expédier les affaires courantes à la tête de la RDC.
Tout acteur politique qui se détournerait de cet idéal s’opposera à la volonté du peuple. Félix Tshisekedi ne devrait donc pas subir ce sort, après avoir survécu à toutes les épreuves, jusqu’à récupérer l’impérium de l’UDPS, l’héritage politique légué par le Lider Maximo.

Le Potentiel

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *