Fichier électoral : nouveau jeu de cache-cache CENI-OIF

Pour la énième fois, des experts de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) séjournent à Kinshasa avec pour mission principale, l’audit du fichier électoral, en compagnie du staff de la CENI (Commission Electorale Nationale Indépendante). Selon le
chronogramme livré par son rapporteur, ce travail de contrôle devrait prendre une semaine. Au plan du principe, la démarche est louable, car indispensable pour la fiabilité des statistiques des personnes enrôlées et partant autorisées à participer aux élections
présidentielle, législatives nationales et provinciales, municipales et locales. Ce nouveau travail de contrôle, après celui réalisé par la
CENI elle-même, devrait confirmer ou infirmer la taille de l’électorat
telle que définie par cette institution d’appui à la démocratie, soit
plus de 40 millions d’électeurs et plus de 6 millions de doublons et
mineurs.

Nouvelle partie de cache-cache

C’est le lieu de souligner que la bataille des chiffres est capitale
pour la transparence des résultats. Elle concerne principalement les
regroupements et partis politiques, de la majorité comme de
l’opposition. On rappelle que depuis les cycles électoraux de 2006 et
2011, la CEI (Commission Electorale Indépendante) de feu l’abbé
Apollinaire Malumalu d’abord et la CENI (Commission Electorale
Nationale Indépendante) du pasteur Daniel Ngoy Mulunda ensuite, le
fichier électoral fait partie des « tabous » de la République.
L’opposition politique, pourtant partie prenante aux différents
scrutins, n’a jamais été associée ni à son audit, ni au serveur
central. De tous temps, il lui a toujours été présenté des
statistiques sujettes à contestation, tant les fichiers électoraux
souffrent d’une forte pollution avec la présence des doublons, des
mineurs, des étrangers, des militaires, des policiers dont rien
n’indique qu’ils sont évacués avant les scrutins.
Comment veut-on que des candidats de l’Opposition, voire de la
Majorité Présidentielle, souscrivent, sans réserve, aux résultats des
missions d’audits auxquels ne sont pas associés les experts ou
observateurs de leurs partis et regroupements politiques ? Que cache
l’obstruction systématique de la CENI à toute initiative visant
l’audit du fichier électoral par ses partenaires politiques et sociaux
internes ? Pourquoi n’y a-t-il jamais de contre-expertise des
statistiques électorales ?
Comment croire aux statistiques de la CENI lorsque l’on se trouve en
face plus de 6 millions de faux électeurs ? Dans cette ambiance de
cachoterie, des acteurs politiques sont en droit de penser à
l’existence d’un nombre plus important de doublons et mineurs. Selon
certaines rumeurs, les faussaires dépasseraient les 8 millions
d’enrôlés. La transparence voudrait que l’audit du fichier électoral
ne se fasse pas dans la rue mais qu’un nombre suffisant d’experts et
observateurs des partis et regroupements politiques, et pourquoi pas
des organisations de la Société Civile puissent participer à sa
certification.
Personne n’ignore qu’en 2006 comme en 2011, des bulletins de vote
parallèles étaient découverts dans des maisons des candidats ainsi que
dans des bureaux de vote et centres de compilation des résultats, ce
qui avait donné lieu à une kyrielle de contentieux électoraux au
niveau des cours et tribunaux, sans oublier le phénomène de «
bourrages des urnes » ? On n’a jamais effacé de la mémoire collective
les images des contestations et violences postélectorales aussi bien
au niveau de la magistrature du pays que de la députation nationale.
Ce qu’il faut craindre est qu’au terme de l’opération « secrète »
d’audit du fichier électoral entre la CENI et l’OIF, les doutes
restent entiers quant à sa fiabilité et qu’un climat permanent de
méfiance persiste au pays jusqu’à la tenue hypothétique des élections.
Kimp

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